RDC-RWANDA: l'utopie d'un cessez-le-feu?

laurenco felix

La tension ne cessait de monter entre Kinshasa et Kigali depuis que le M23, mouvement rebelle congolais vaincu en 2012, est redevenu actif il y a quelques mois dans l'est de la RDC. Après une rencontre entre les chefs d'État congolais, Félix Tshisekedi, et rwandais, Paul Kagame, la semaine dernière en Angola, censée amorcer une désescalade entre les deux pays, les accusations n'ont pas tardé à fuser. Pierre Boisselet, coordonnateur d’Ebuteli, l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence (une structure partenaire de recherche du Groupe d’étude sur le Congo à l’université de New York), est l'invité de RFI.

RFI : Il y a quelques jours les présidents congolais et rwandais se sont rencontrés sous les auspices du président angolais en vue d’une désescalade entre les deux pays. Mais chacun est sorti de cette rencontre avec son propre récit de ce qui avait été convenu, comment peut-on l’expliquer ?

Pierre Boisselet : Oui en fait je pense que ça reflète une vision différente de la crise qui oppose les deux pays. Pour le gouvernement rwandais, le M23 est une rébellion congolaise et donc le seul moyen pour résoudre ce problème c’est que le gouvernement congolais négocie avec le M23. De l’autre côté le gouvernement congolais estime que le M23 n’est rien d’autre qu’une agression du Rwanda, et donc pour le Congo la priorité c’était que le Rwanda admette son rôle dans cette crise. Il y a aussi une perception différente du rôle que jouent les FDLR, la rébellion rwandaise présente dans l’est du Congo, du côté du Rwanda on considère que c’est toujours une menace existentielle alors que côté congolais on convient que c’est un groupe armé dangereux, certes, mais qui semble être moins urgent à traiter que le M23. Donc on a ces deux visions, je dirais assez irréconciliables de la crise pour l’instant, et on ne sait même pas finalement ce qui précisément a été signé et convenu à Luanda à ce stade, c’est possible en fait que les discussions aient été engagées, mais qu’il n’y ait pas encore eu de conclusion véritablement.

Mais pourquoi est-ce que le FARDC ne parvient pas à chasser le M23 des zones qu’il occupe aujourd’hui, alors que les forces armées congolaises bénéficient de l’appui de la Monusco ?

Je dirais qu’à la fois les FARDC et la Monusco ont des défaillances structurelles qui sont assez bien connues. Ceci dit, c’est vrai, c’est assez notable que le M23 a un comportement assez différent de la plupart des autres groupes armés dans l’est de la RDC. Lorsqu’il y a eu une offensive de l’armée congolaise, ces groupes-là ont plutôt tendance à fuir alors que le M23 visiblement conquiert des positions, les maintient, et donc il a eu un comportement qui est plus proche d’une armée étatique et qui suppose une grande puissance de feu notamment.

Aujourd’hui le gouvernement congolais, les FARDC, ne parviennent pas à avoir de victoire décisive sur le terrain, de l’autre côté on a le M23 qui est présent et qui continue de réclamer la mise en application de ses accords, est-ce que la position du gouvernement congolais est tenable au long terme ?

C’est une bonne question, on voit qu’effectivement sur le terrain strictement militaire, le gouvernement congolais est pour l’instant en difficulté, mais je pense que pour des raisons politiques en fait il lui serait très difficile d’accepter de négocier avec le M23 qui est un véritable repoussoir au sein de l’opinion publique congolaise.

Pendant ce temps, les attaques attribuées aux présumés ADF n’ont pas cessé, et font de très loin plus de victimes dans l’Ituri que ce que l’on voit dans le Nord-Kivu avec le M23, pratiquement personne ne s’intéresse à cette situation, comment l’expliquez-vous aujourd’hui ?

C’est vrai que depuis ces derniers mois, il y a semble-t-il une moindre focalisation sur les ADF, alors que ça reste de très loin le groupe armé qui fait le plus de victimes civiles au Congo. Alors cette situation est assez dangereuse parce qu’il semblerait que des troupes de l’armée congolaise ont été déplacées depuis disons le front de lutte contre les ADF vers le front de lutte contre le M23. Un des risques de la situation actuelle effectivement c’est que l’armée congolaise soit encore plus diluée pour faire face à ces différentes menaces.

RFI/titre Réveil Congo

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